viernes, 30 de septiembre de 2016

Roman

I

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
-Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants!
-On va sous les tilleuls verts de la promenade.
.
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin!
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière;
Le vent chargé de bruits -la ville n'est pas loin-
A des parfums de vigne et des parfums de bière...
.
II

-Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...
.
Nuit de juin! Dix-sept ans! -On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...
.
III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
-Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...
.
Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
-Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...
.
IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. -Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
-Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire!...
.
-Ce soir-là..., -vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
-On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.
.
Arthur Rimbaud | "
Roman
".
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